Botulisme chez les bovins
L’ingestion de fourrage ou d’eau contaminés par la bactérie botulique peut avoir des conséquences fatales pour les bovins.
Manuela Falk (TORO 02/18)
La vache Lora vient de passer en salle de traite et se dirige d’un pas incertain vers la table d’affouragement. Elle ne se sent pas bien. Le matin déjà, elle n’a pas mangé comme d’habitude, mais maintenant c’est pire, elle peut à peine bouger la langue. Lora a faim et soif, mais elle a du mal à avaler quoi que ce soit. Elle essaie à nouveau, mais le fourrage lui tombe de la bouche. Sa congénère Milka ne se sent pas très bien non plus. La veille encore, elles avaient mangé côte à côte de l’ensilage, et ce matin, Milka reste couchée dans sa logette. Heureusement, l’agriculteur vient jeter un coup d’œil dans l’étable après la traite. Il avait remarqué que Lora donnait peu de lait. Il observe Lora et Milka quelques instants puis appelle le vétérinaire.
Contamination par le fourrage
Que s’est-il passé? Par malchance, il y avait une souris morte dans le fourrage de la balle d’ensilage distribué à Lora et à Milka. Même le cadavre de petits animaux peut libérer d’importantes quantités de toxines botuliniques. Cette substance toxique provient de la bactérie Clostridium botulinum, largement présente dans l’environnement.
La botuline produite par la bactérie est la plus puissante neurotoxine au monde et est mortelle pour l’homme et les animaux. L’ingestion de quantités infimes de cette toxine via le fourrage entraîne la mort des bovins dans la plupart des cas. La toxine botulique parvient dans l’intestin grêle et est ensuite transportée dans l’organisme par le sang, atteignant ainsi tous les muscles. La toxine bloque alors les transmetteurs entre le nerf et le muscle. Cela entraîne une paralysie flasque qui se manifeste d’abord par des symptômes non spécifiques tels que des difficultés à mâcher et à avaler et une baisse de la prise alimentaire. La langue pend souvent hors de la bouche et la vache à des difficultés à se mouvoir. Elle a du mal à avaler l’eau et les aliments, qui ressortent de la bouche, et salive abondamment. En phase avancée de l’intoxication, les animaux vacillent, puis chutent. En phase terminale, les bovins meurent suite à une paralysie des voies respiratoires, les muscles du système respiratoire étant atteints.
Facteurs favorisant l’ingestion des neurotoxines
Chez les bovins, l’intoxication botulique se fait par l’ingestion de fourrage contaminé. Les causes de contamination sont diverses. La plupart du temps, l’ensilage est souillé par les cadavres de petits animaux tels que des rongeurs, des chats ou des faons pris dans la faucheuse. Le processus de décomposition libère de nombreuses toxines, dont la botuline. Il se peut aussi que la bactérie Clostridium botulinum, présente dans tous les sols, se retrouve en grandes quantités dans le fourrage par le biais d’impuretés et sécrète des toxines si les conditions sont favorables. Les facteurs de risque sont p. ex. du foin mouillé, de l’herbe laissée trop longtemps dehors après le fauchage, du fourrage ensilé souillé avec de la terre. Les clostridies se développent particulièrement bien à l’abri de l’air, dans des aliments humides, riches en protéines et au pH élevé. Dans le temps, les bovins étaient majoritairement atteints de botulisme via l’ingestion de fourrage contaminé par des cadavres d’animaux. Aujourd’hui, de plus en plus de cas sont dus à la propagation de la bactérie dans du fourrage anaérobie de moindre qualité. Les exploitations avec ensilage sont donc particulièrement concernées.
Mesures permettant de limiter les risques
Les animaux atteints de botulisme étant difficiles, voire impossibles à traiter, il est important de prévenir ce type d’intoxication et de réduire les risques au maximum. Au printemps, il faut s’assurer avant la fauche de l’herbe haute qu’il n’y ait pas de faons dans le champ. Pour éloigner les chevrettes, on peut installer des rubans d’aluminium ou de plastique flottants, mais le moyen le plus sûr est de faire contrôler la surface à faucher par le garde-chasse. Il existe aujourd’hui des drones qui permettent de détecter les faons blottis dans l’herbe. Ces multicoptères équipés d’une caméra thermique sont dirigés à distance et signalent la présence d’animaux dans les champs. Ils sont particulièrement efficace s’ils sont utilisés à l’aube, quand la différence entre la température corporelle dufaon et l’air est la plus importante.
Le fauchage doit être effectué avec le maximum de précautions et d’attention pour pouvoir éliminer tout de suite les éventuels cadavres d’animaux. Le mieux est de laisser l’herbe coupée pendant une nuit pour permettre aux renards et autres oiseaux de chercher les charognes. Pour limiter lerisque de mélanger des impuretés ou des cadavres d’animaux à l’herbe fauchée, il est recommandé de ne pas régler la barre de fauchage trop bas. Sur les pâturages, les mares et les zones humides doivent être clôturése pour que les vaches n’y aient pas accès. En effet, ces eaux stagnantes peuvent contenir des cadavres d’animaux dont la décomposition libère les toxines redoutées. Lors de la préparation de l’ensilage, il faut en outre veiller à ce que le fourrage soit de bonne qualité (non souillé) et suffisamment acide (pH < 4.5). Un ensilage de qualité est reconnaissable à une odeur légèrement fermentée et à sa couleur normalement brune. Parmauvais temps, il peut être utile d’ajouter un produit d’ensilage lors du pressage des balles afin de ren forcer le processus de fermentation.
Prévention
Une intoxication botulique peut avoir des répercussions financières importantes. En Suisse, il est déjà arrivé que la moitié d’un troupeau soit décimé par cette bactérie. A ce jour, la perte d’animaux atteints de botulisme n’est pas couverte par le fonds des épizooties. Cela signifie que l’agriculteur, s’il n’a pas conclu une assurance spéciale incluant le botulisme, doit assumer lui-même les dommages. Etant donné qu’une intoxication botulique ne peut être entièrement exclue malgré les précautions prises, les bovins peuvent être vaccinés contre cette maladie moyennant une immunisation de base à intervalle de 4 à 7 semaines et une vaccination de rappel annuelle. Les agriculteurs intéressés par le vaccin peuvent demander conseil à leur vétérinaire.
La qualité du fourrage de base
La qualité du fourrage et une surveillance régulière de la panse assurent un pH stable, une bonne ingestion et une fertilité durable des vaches laitières.
La terre dans le fourrage
Un fourrage contaminé par la terre réduit sa valeur énergétique, favorise le développement de moisissures et de bactéries nuisibles, et peut nuire à la santé animale.
Signal de vaches - La grande douve du foie
La contamination par la grande douve du foie chez les bovins est favorisée par les zones marécageuses et l'eau stagnante, avec des mesures préventives pour réduire le risque d'infection.
Biosécurité
La biosécurité en élevage repose sur l’hygiène, le contrôle des accès, la quarantaine, le nettoyage et la lutte contre les vecteurs afin de protéger la santé du troupeau.
Surveillance de la panse
La surveillance de la panse, via le pH, la rumination et l’aspect des fèces, permet d’optimiser la digestion, la santé, la fertilité et la qualité du lait.
Alimentation des génisses
Alimentation des génisses après le sevrage: ration adaptée, qualité du fourrage, apport équilibré en protéines et minéraux et contrôle de l’état corporel pour favoriser une croissance saine et préserver la future production laitière.
