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Le mythe de la compression de la vulve
Mise en place de la semence|31.12.2025

Le mythe de la compression de la vulve

Si l’on «pince» la vache cela améliore le succès de l’insémination

Chaudron des rumeurs: Où est la vérité dans ce conseil?

Jutta Berger (TORO 01/23)

Il existe une théorie selon laquelle le massage de l’utérus et la compression de la vulve ou du clitoris de la vache déclenchent un réflexe: la musculature de l’utérus se contracte et stimule ainsi le transport de la semence. Le succès de l’insémination s’en trouverait amélioré.

Le massage de l’utérus ou la pression sur le dos et la vulve augmentent-ils les chances de succès?
Bild: D. Savary

Chaudron des rumeurs

Un inséminateur dépose la semence dans l’utérus de la vache. Il retire ensuite l’instrument d’insémination.  Son bras droit est encore dans le rectum de la vache inséminée. Il le déplace brièvement dans un sens et dans l’autre avec des mouvements rapides. L’agriculteur, qui tenait encore la queue de la vache au-dessus de son dos, la relâche et appuie sur sa colonne vertébrale. La vache rentre son dos. L’inséminateur retire sa main et pince brièvement les lèvres vulvaires de la vache à son angle inférieur. La vache rentre encore plus son dos. Le massage de l’utérus ou la pression sur le dos et la vulve augmentent-ils les chances de succès?

Hum…

Dans la pratique quotidienne de l’insémination, il arrive que des procédés et des gestes se propagent de bouche à oreille: «J’ai entendu quelque chose une fois et depuis que je fais comme ceci ou comme cela, les inséminations ont un meilleur taux de succès.» L’origine de la théorie «si je pince la vache, elle prend mieux» remonte aux années 1970, c’est-à-dire à une époque où l’insémination n’en était qu’à ses balbutiements. A maints endroits, cette théorie perdure depuis lors. A l’époque, c’était justement ce réflexe que l’on attendait du massage qui devait améliorer le taux de succès de l’insémination, qui était alors encore plutôt faible. Ce qui a passé sous silence il y a cinquante ans, c’est qu’il y avait eu quelques études scientifiques à ce sujet qui avaient constaté une augmentation du taux de succès de l’insémination chez les vaches, mais pas chez les génisses. Ce fait devrait à lui seul éveiller les soupçons. En effet, le taux de succès de l’insémination chez les vaches varie plus que chez les génisses et une influence prétendument positive peut donc plus facilement être «embellie statistiquement».

L’effet s’estompe

En 1985 (il y a donc déjà presque quarante ans…), un groupe de travail de l’Université américaine de Cornell NY a vérifié si cette théorie du «je pince la vache» était vraie et si oui, ce qu’il en était vraiment1. A l’époque, les scientifiques ont pu démontrer qu’une pression plus élevée est effectivement générée à l’intérieur de l’utérus lorsqu’on «masse légèrement» la vache au niveau du clitoris. La contraction de la musculature utérine survenait rapidement, mais était de courte durée. En effet, les vaches ne sécrétaient pas d’ocytocine – l’hormone qui assure une tension musculaire prolongée dans l’utérus. Il s’agit donc probablement d’un réflexe déclenché via les nerfs. Et cela signifie que cet effet s’estompe rapidement.

Pas de meilleur résultat

En 1985, les scientifiques n’ont pas non plus trouvé de preuves indiquant que cette procédure aurait une quelconque influence positive sur le résultat de l’insémination – et ce dans le cadre d’une étude dans laquelle 2’090 animaux ont été «massés», pour 2’049 animaux dans le groupe de contrôle qui n’ont pas été massés. Il s’agit donc d’une étude qui a une bonne valeur statistique. Cette étude a en outre constaté des réactions de défense nerveuses, en particulier chez les génisses, lorsqu’elles ont été massées au niveau de la vulve.

Plus n’est d’aucun secours

On pourrait peut-être imaginer qu’il existe un lien entre la force utilisée pour presser la vulve et l’intensité de la contraction musculaire dans l’utérus. Mais ce n’est pas le cas! Au contraire, un pincement fort ferait mal à la vache. L’insémination ne doit pas stresser l’animal et encore moins être douloureuse, sinon le résultat se détériore. En effet, il est prouvé que les hormones du stress que le corps libère péjorent le transport des spermatozoïdes, la fécondation de l’ovule et donc le taux de succès de l’insémination. C’est pourquoi le service d’insémination a délibérément choisi de traiter les animaux qui lui sont confiés avec soin et douceur.


1  M.D. Copper, et.al. (1985): Uterine Contractions and Fertility Following Clitoral Massage of Dairy Cattle in Estrus, Journal of Dairy Science, Vol. 68, S. 703–708.