Home>News>
Langage corporel et réactions
Articles techniques|15.12.2025

Langage corporel et réactions

Une vache dit bien plus que «Meuh!»

Comment anticiper les réactions de la vache en décryptant son langage corporel.

Jutta Berger (TORO 03/18)

Les têtes se lèvent dans le troupeau. La barrière de la stabulation libre à logettes s’ouvre. Prudente mais curieuse, la vache que le chef d’exploitation a achetée ce matin aux enchères s’immobilise à l’entrée. Deux des vaches meneuses du troupeau s’approchent d’elle, la tête relevée. Elles évaluent la situation. Leurs congénères finissent aussi par s’approcher. La «nouvelle» baisse la tête vers le sol. Elle ne veut surtout pas faire de vagues. L’une des deux vaches ramène le menton vers sa poitrine, présentant le front à l’intruse. Elle se veut menaçante et annoncer qui mène la danse ici. Sa voisine mugit sourdement et secoue la tête, deux autres signes de menace. La nouvelle a compris le message. Elle tend le cou encore plus bas vers le sol et recule lorsque les deux vaches s’approchent d’elle. Elle veut éviter les conflits et s’éloigner de la zone de danger. Seulement voilà, le paysan posté en biais derrière elle la somme d’avancer en faisant un pas: «Allez, en avant!». La vache avance instinctivement pour l’éviter, s’élance sur le sol en caillebotis et bat en retraite.

Les vaches gardent une certaine distance entre elles. Si elles se rapprochent, c’est pour se lécher «entre copines».
Bild: S. Gerber

Un dilemne

La nouvelle arrivée est devant un vrai dilemme. D’un côté le comportement des deux vaches exprime clairement «Pas un pas de plus! Qui es-tu? Nous sommes plus fortes que toi!», et de l’autre le paysan la contraint à aller de l’avant car en avançant d’un pas il pénètre la «zone de fuite» de l’animal.

Comprendre la vache

Si le paysan comprend comment les vaches communiquent entre elles, il peut éviter les situations dangereuses. En interprétant correctement leurs perceptions et leurs comportements, il peut anticiper leurs réactions. Une bonne connaissance des notions de distance lui permet en outre d’en tirer parti au quotidien.

Un langage clair

Le langage corporel utilisé par les vaches pour communiquer entre elles est sans ambiguïté: la posture et les mouvements de la tête, des membres et de la queue expriment très clairement des attitudes de menace, de domination ou de soumission, mais aussi la douleur ou le bien-être. Les confrontations physiques entre vaches restent toutefois très rares. L’arrivée d’un nouvel animal dans un troupeau donne lieu à une réaffirmation de l’ordre hiérarchique. Les vaches adoptent des attitudes menaçantes, en ramenant le menton contre la poitrine par exemple, en grattant le sol avec les sabots avant ou avec les cornes. La lutte qui s’en suit ne dure que quelques secondes. La vache vaincue est brièvement poursuivie, dans la mesure où elle peut fuir. La situation/position hiérarchique est clarifiée après trois jours au plus tard et les confrontations se font rares, le langage corporel habituel suffit à maintenir l’ordre.

Qui est la plus forte?
Bild: A. Hagmayer

Tenir son rang

La place de chaque vache dans le troupeau a une grande influence sur son comportement, son bien-être et sa santé: sur la durée de repos et d’alimentation, sur la consommation et donc sur le bilan énergétique. Dans les stabulations libres trop peu spacieuses, les vaches de rang inférieur sont moins bien loties que les vaches dominantes, elles sont p. ex. souvent refoulées des mangeoires ou des logettes. Dans les stabulations entravées, la vache dominante aura tendance à empêcher sa voisine à accéder à l’abreuvoir commun. Les vaches plus âgées et de grande taille sont souvent des vaches meneuses. Mais le tempérament et l’état de santé a aussi son importance. Le troupeau fonctionne par rapport à la vache meneuse. Dans les situations de stress, les bêtes meneuses se concentrent au milieu du troupeau, les vaches de rang inférieur restant à l’extérieur.

Dans la bousculade, les vaches meneuses sont au centre du troupeau, les autres à l’extérieur.
Bild: B. Imfeld

La bonne distance

Normalement, les vaches gardent une certaine distance entre elles. La vache de rang inférieur ne va pas trop s’approcher d’une meneuse, cette dernière pouvant se sentir agressée et la repousser. Si cette distance naturelle est empêchée en raison de l’exiguïté de l’étable, les confrontations et les luttes se multiplient. La distance tolérée va de 50 cm à 3 mètres. Les animaux écornés se laissent généralement approcher de plus près que les vaches à cornes. La distance d’évitement tolérée n’est abolie de manière consentie que pour les soins corporels, les bêtes de même rang se léchant entre elles au cou ou à une autre partie du corps qu’elles ne peuvent atteindre elles-mêmes.

Guider les bovins

La méthode américaine «Low Stress Stockmanship» (manipulation à faible stress des animaux de pâture) utilise le réflexe d’évitement des bovins pour les rabattre, les guider ou les immobiliser sans stress. Elle tire parti du savoir concernant leur zone de fuite et de perception en alternant l’exercice et le relâchement de «pression». L’homme s’approche de l’animal selon un certain angle et le dirige dans la direction voulue par des mouvements avant et arrière ciblés. En s’approchant d’un bovin, l’homme pénètre d’abord la zone
de perception: le bovin perçoit sa présence, mais ne prend pas encore la fuite. Si l’homme se rapproche davantage, il entre dans la zone de fuite de l’animal qui, sauf s’il est très docile, se retournera et partira. Les zones de perception et de fuite varient en fonction du degré de docilité de l’animal: la vache Senta ne bronche pas lorsque quelqu’un s’approche à trois mètres d’elle, alors que la vache Linette prendra déjà la fuite. La zone de perception et de fuite peut être exploitée de manière ciblée pour le rabattage. Les bovins se rendent rapidement compte que la «pression» exercée lorsque l’homme pénètre la zone de fuite est supprimée s’ils se déplacent dans la direction voulue.

Guider les bovins ou l’art de la communication

Pour bien guider ses animaux, le meneur doit savoir ce qu’ils perçoivent, comment ils l’interprètent et comment ils vont réagir.

  •  Les bovins veulent voir la personne qui les guide. Le meneur doit être dans leur champ visuel. Une approche latérale est optimale!
  • Les bovins réagissent au positionnement du meneur et à la pression qu’il exerce ce faisant. Il peut ainsi les diriger dans la direction souhaitée. Si les bovins effectuent l’action voulue, le meneur s’arrête ou recule de quelques pas pour relâcher la pression.
  • Les bovins doivent voir où ils vont (ou devraient aller). S’ils doivent effectuer un virage, le meneur doit guider à l’intérieur de la courbe. Les vaches voient ainsi le trajet et le meneur.
  • Les bovins sont des animaux grégaires qui suivent leurs congénères. Dans un troupeau, il n’est donc pas nécessaire de guider chaque animal. Il suffit de se déplacer à un angle de 90 degrés dans la direction du mouvement désiré. Les vaches seules sont moins prévisibles qu’un troupeau entier.
  • Les bovins ont besoin de calme!
  • Les bovins ont une faculté d’attention limitée et se désintéressent rapidement en l’absence de pression.
  • Les bovins ne peuvent se concentrer que sur une seule chose à la fois
  • Les bovins mémorisent les expériences négatives.

Le calme avant tout

Pour parvenir à ses fins, l’homme doit se positionner correctement: il doit se trouver dans le champ
visuel du bovin (ces derniers ont une vision très large du fait de la position latérale des yeux, voir. Les bovins essaient en outre de toujours protéger leurs flancs, la partie la plus vulnérable de leur anatomie. Ils se déplacent donc de façon à ne pas présenter les flancs à l’adversaire potentiel. L’homme peut ainsi guider l’animal dans la direction voulue. S’il se positionne devant la vache, sur le côté, elle reculera ou se retournera. S’il vient de derrière, elle s’éloignera de lui par le côté. Cela leur permet de voir l’homme qui les suit. Une fois que la vache se déplace dans la direction voulue, l’homme relâche la pression à titre de récompense pour avoir effectué l’action voulue. S’il ne le fait pas, la vache pourrait paniquer et devenir incontrôlable. Il faut alors faire une «pause», jusqu’à ce que tout rentre dans l’ordre. Garder son calme est la clé du succès. Si l’homme est calme, les bêtes le seront également.

Le principe de la méthode «Low Stress Stockmanship»: la vache réagit (flèches rouges) selon l’angle d’approche du meneur (flèches bleues). La position du meneur par rapport à la ligne d’équilibre au niveau de l’épaule (ligne verte) détermine la direction que l’animal va emprunter.